
Comment fait-on dĂ©couvrir les Ă©toiles Ă un enfant qui ne les voit pas ? C’est la question, Ă la fois technique et profondĂ©ment humaine, qui a guidĂ© mon travail aux cĂ´tĂ©s du Mucem autour de l’exposition temporaire « Lire le ciel – Sous les Ă©toiles en MĂ©diterranĂ©e », prĂ©sentĂ©e Ă Marseille du 9 juillet 2025 au 5 janvier 2026.
Une exposition tournée vers le ciel… et un défi tourné vers le toucher
« Lire le ciel » nous invitait Ă lever les yeux : plus de 300 pièces — cartes cĂ©lestes, astrolabes, manuscrits d’astronomie mĂ©diĂ©vale, fresques, Ĺ“uvres contemporaines — pour raconter comment les civilisations de la MĂ©diterranĂ©e ont scrutĂ© la voĂ»te nocturne, des premiers relevĂ©s mĂ©sopotamiens Ă l’astronomie arabo-musulmane, jusqu’Ă la rĂ©volution galilĂ©enne.
Un sujet magnifique. Et, disons-le, un dĂ©fi redoutable en matière d’accessibilitĂ©. Car le ciel est par essence un objet visuel, lointain, intangible. Tout l’enjeu de mon intervention a Ă©tĂ© de transformer cet invisible en quelque chose qui se touche, s’Ă©coute et se comprend, pour que les jeunes publics dĂ©ficients visuels puissent eux aussi entrer dans ce voyage cĂ©leste.
Adapter la scénographie pour des jeunes publics déficients visuels
Au sein d’AlterDV, mon mĂ©tier consiste prĂ©cisĂ©ment Ă rendre les contenus accessibles aux publics empĂŞchĂ©s de lire. Pour « Lire le ciel », le travail s’est articulĂ© autour de plusieurs principes complĂ©mentaires :
- Le relief et le tactile. Des constellations, des cartes du ciel et certaines Ĺ“uvres ont fait l’objet d’adaptations en dessins en relief, pensĂ©es pour une exploration au bout des doigts. L’idĂ©e n’est pas de « copier » l’image, mais de la repenser pour qu’elle ait du sens sous la main : hiĂ©rarchiser l’information, simplifier sans appauvrir, guider la lecture tactile.
- Le braille et les gros caractères. Les cartels et textes clĂ©s ont Ă©tĂ© dĂ©clinĂ©s en braille et en gros caractères, afin que chacun trouve un point d’entrĂ©e adaptĂ© Ă son mode de lecture.
- La description et l’audio. DĂ©crire le ciel, c’est tout un art : il s’agit de donner Ă entendre une image en prose claire et linĂ©aire, sans noyer l’auditeur sous les rĂ©fĂ©rences visuelles, pour laisser place Ă l’imaginaire.
- La simplicitĂ© d’accès. Penser le parcours pour qu’il soit fluide, lisible et autonome, c’est aussi cela, l’accessibilitĂ©.
Chaque choix d’adaptation rĂ©pond Ă une mĂŞme exigence : la fidĂ©litĂ© au propos de l’exposition, sans jamais sacrifier la justesse pour les utilisateurs.
Ce qui me motive vraiment
On me demande parfois ce qui me plaĂ®t le plus dans ce travail. Ce ne sont pas les outils, aussi passionnants soient-ils. Ce sont les retours des utilisateurs. Savoir qu’un enfant a pu « lire » une constellation avec ses doigts, qu’il a suivi le parcours sans avoir besoin qu’on lui tienne la main, qu’il est ressorti avec des Ă©toiles plein la tĂŞte — voilĂ la vraie rĂ©ussite d’un projet d’accessibilitĂ©.
L’accessibilitĂ© culturelle n’est pas un supplĂ©ment, encore moins une contrainte. C’est une manière d’Ă©largir le cercle de celles et ceux qui ont droit Ă l’Ă©merveillement. Un musĂ©e pleinement accessible, c’est un musĂ©e qui dit Ă chacun : cette histoire est aussi la tienne.
Et la suite ?
Ce projet avec le Mucem restera l’une de ces collaborations qui donnent tout son sens au mĂ©tier. J’en ressors avec une certitude : il reste tant Ă inventer pour rendre la culture accessible Ă tous les publics.
Alors si vous ĂŞtes un musĂ©e, une institution culturelle ou un porteur de projet et que la question de l’accessibilitĂ© vous anime, parlons-en. Le ciel n’est pas la limite — c’est un point de dĂ©part.
Yann — AlterDV Transcription et adaptation de contenus pour les publics empêchés de lire : braille, gros caractères, FALC, audio, dessins en relief.
